Comment Proximus va pénaliser l’économie digitale en Belgique avec l’Internet à deux vitesses

Comment Proximus va pénaliser l’économie digitale en Belgique avec l’Internet à deux vitesses

5 juillet 2018

Cela nous coûte de vous l’annoncer mais nous devons vous le dire : à l’avenir, les sites et applications que vous développez voyageront probablement en deuxième classe sur le réseau Internet belge. Vous pouvez adresser vos remerciements à Proximus et sa nouvelle stratégie commerciale.

L’opérateur historique vient en effet de lancer un nouvel abonnement baptisé « epic » et qui offre la consommation illimitée de données avec certaines applications. Devinez lesquelles ? Facebook, Instagram, Snapchat, Spotify, Apple Music et consorts. Pour tout le reste, le client devra se contenter d’un forfait de 3 GB inclus dans son abonnement…

En somme, Proximus a choisi son camp et donne, de facto, une prime extrêmement forte aux (très) grands formats et pénalise toutes les autres entreprises : les startups qui innovent, les PME qui investissent dans la transformation digitale... et leurs fournisseurs qui développent sites web et applications à leur service. C’est à dire vous et tous les autres prestataires de l’écosystème digital belge.

Si on avait encore quelques doutes quant au rôle que l’opérateur entend jouer dans le développement de l’économie digitale en Belgique, les derniers espoirs sont maintenant dissipés…

Proximus aura beau jeu de répliquer que ce nouvel abonnement ne bloque l’accès à aucun site et correspond simplement aux besoins et aux types d’usage majoritaires parmi le groupe-cible, celui des jeunes, gros consommateurs de divertissement et de réseaux sociaux.

C’est justement là où le bât blesse : ce faisant, l’opérateur va renforcer la position, déjà ultra-dominante, de quelques géants mondiaux au détriment de plus petits acteurs locaux pour qui le simple accès à l’audience va devenir une gageure en-dehors des autoroutes balisées par les GAFA et quelques autres.

Si on suit cette logique jusqu’au bout, on peut d’ailleurs s’inquiéter du fait que Proximus peut appliquer la même stratégie à ses propres produits. Qu’est-ce qui pourrait, à terme, empêcher Proximus de privilégier les sites et applications hébergés via ses propres services ? Le marché belge serait alors victime d’une distorsion de concurrence massive avec les autres opérateurs et fournisseurs IT, ce qui créerait progressivement une sorte de « walled garden » où l’abonnement Internet de Proximus serait indispensable pour surfer dans des conditions acceptables. La version moderne du péage sur l’autoroute des vacances…

Pour ma part, je resterai toujours partisan d’un Internet dans la configuration qui a fait son succès planétaire. C’est-à-dire une plate-forme ouverte, décentralisée, qui donne sa chance à qui veut créer, construire, entreprendre. Un rhizome où aucune route n’est obligatoire et la diversité est la norme. Pas sûr que Madame Leroy partage exactement la même vision du réseau...

A l’heure où l’Europe tente de réagir face à l’hyperpuissance des GAFA, Proximus s’inscrit totalement à contre-courant de cette volonté et menace les intérêts des professionnels du digital en Belgique (auxquels l’opérateur ne manque pas de vendre son infrastructure). Il serait donc grand temps que l’Etat belge ne se limite plus à prendre son dividende de fin d’année et rejoue son rôle de garant de l’intérêt collectif.

Le souhait d’Alexander De Croo d’octroyer une licence à un quatrième opérateur mobile va dans le bon sens. Il faut maintenant aller plus loin.

Olivier De Doncker
Président de la FeWeb

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